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Publié le 24 juillet 2020

La Côte-Nord : magnifique et méconnue

Par Jean-Simon Bégin

Cet été, il n'y a aucune raison de ne pas entreprendre d'explorer le territoire du Québec. J'ai décidé, pour ma part, de retourner m'imprégner de la beauté de la Côte-Nord. Ses paysages, certes, mais surtout son immensité intouchée. Contrairement aux routes de la Gaspésie, la côte est un havre de distanciation touristique. Toutes les fois où je mets les pieds à Tadoussac, j'ai l'impression d'avoir tout un monde devant moi à découvrir.

Le trajet jusqu'à Kegaska est d'environ 1120 kilomètres jusqu’à la fin de la route. Cependant, il est selon moi impossible de faire ce trajet sans s'arrêter. Étant déjà un connaisseur des plus beaux endroits, je me suis affairé à trouver de nouveaux paradis. Mes deux semaines n’étaient évidemment pas suffisantes pour la multitude de routes et de baies à explorer. J’ai eu la chance d’obtenir un portrait très satisfaisant des Macareux moines de l’île aux perroquets dans le passé, ainsi mon seul objectif était le Huard Catmarin : un oiseau assez rare et difficile d’approche qui se niche dans les tourbières.

Ma première nuit à l’est du Havre-Saint-Pierre, dans un endroit nommé « pointe enragée », fut mémorable. En suivant la route d'une mine abandonnée, on se retrouve rapidement sur les rives rocheuses. Les monolithes et la beauté impressionnante du paysage font de cet endroit inconnu des visiteurs mon premier coup de cœur. J'ai monté ma tente rapidement pour profiter de la belle soirée qui s'annonçait. D'expérience, j'essaie toujours de m'installer pour la nuit avant le coucher du soleil. J'ai vécu assez d'installations chaotiques pour maintenant les éviter le plus possible.

Sur le sol rocheux, j’ai fixé mes piquets sur des souches retenues par des roches. Au moment où j’ai planté mon dernier piquet, je me suis fait surprendre par une averse sous les derniers rayons de soleil. La vue de mon petit habitacle bien au sec était captivante. On pouvait voir des arcs-en-ciel doubles se former sur la mer.

Puis, s'en est suivi le souper avec mon petit brûleur et mes sachets de nourriture déshydratée. Je me confesse : j'adore ces repas ! Ils sont toujours très savoureux et étonnamment réconfortants.

Malheureusement, le bois que j'avais empilé en vue de la soirée était complètement détrempé. J'ai donc eu recours à une corde cirée que j’ai coupée en petit filament. J’ai ensuite utilisé ma tige de magnésium pour allumer le tout.

Ce feu a été ardu à maintenir, mais une fois que la braise s’est bien installée, j’ai pu prendre mes aises pour le souper. Je me souviens que le Pad-Thai était particulièrement savoureux autour du feu ! Quelques guimauves parfaitement grillées plus tard, je me suis mis au lit.

Le lendemain, bien confortable dans l’environnement, je me suis lancé dans une prospection de fossiles. Cet endroit en est particulièrement riche. Pendant que je scrutais les roches, des petits rorquals sortaient à quelques mètres de moi. Les phoques, curieux de ma présence, se présentaient aussi quelques fois. Je les ai seulement contemplés, car ils n’étaient pas mon objectif principal.

Plus loin sur la route, je me suis installé dans un chemin sablonneux en bordure de tourbière. Durant la journée, j'ai pu faire une prospection assez complète des nids en proximité de cet endroit et j’en ai localisé trois. Les tourbières de la Côte-Nord sont le paradis des moustiques, c'est pourquoi j'aime y être très tôt en saison. J’ai aussi fait mes provisions de Thé du Labrador : cette plante très commune du territoire. J'aime faire des infusions lors de mes expéditions, c'est pour moi une façon de connecter avec la nature. À ce temps de l'année, la floraison débute, ainsi j'ai eu la chance de cueillir cette fleur, au parfum plus subtil que ses feuilles, qui engendre une excellente tisane.

Tous les secteurs entre Mingan et le Havre-Saint-Pierre sont sujets à la photographie de nuit, étant donné le peu de pollution lumineuse et les paysages plats. J'ai donc passé quelques nuits à capter la Voie lactée et quelques aurores boréales.

Avec l'aide de Google Earth, j'ai pu localiser quelques lacs accessibles par des chemins de terre. Un soir, je suis parti vers 23h en direction d'un secteur au nord de la route. Arrivé près d'un grand lac, j’ai remarqué la présence d'une belle grande plage. J’ai donc décidé d'avancer le plus près possible du rivage. Sans m’en rendre compte, j’ai calé dans le sable jusqu’à m’enliser assez confortablement. Seul, sans réseau cellulaire et sans que personne ne soit avisé de mon emplacement, je n’ai pas cédé à la panique. Ce genre de situation (si vous suivez mes aventures depuis les dernières années) commence à être un vrai classique. Le sable, c'est mou et sans fond… J’ai donc creusé de longues pentes devant mes roues jusqu'à rejoindre le milieu de mon pneu. Ensuite, j’ai tapissé le sable de roche et de bois. Petit à petit, j’ai réussi à avancer, puis m’enliser, puis m’avancer encore et ainsi de suite… Ce petit manège a duré plus d’une heure trente pour enfin réussir à retrouver le chemin de terre ! Une fois sortie, j’ai profité des lacs sans vent pour m’installer avec mon trépied. La nature, comme pour me récompenser, a fait apparaître de magnifiques aurores boréales. La réflexion des étoiles sur l’eau m’a donné l’impression de flotter dans le cosmos. Ce fut une expérience vraiment hors du temps qu’aucune lumière ni aucun son n’est venu déranger. Un paradis pour moi seul.

J’ai finalement fait plusieurs images des Huards durant les jours suivants. Les parents doivent faire un voyage jusqu'à la mer pour rapporter quotidiennement de la nourriture à leurs petits, jusqu'à ce qu'ils quittent ce lieu si propice à leur survie. Pendant ce temps, des prédateurs, tel le Grand-Duc d'Amérique, chassent en planant les adultes en couvaison. J'ai d'ailleurs trouvé un cadavre, sans tête, près d'un nid. L'immense tâche de porter à terme leur progéniture me fascine. Il existe tellement de facteurs qui peuvent réduire tous leurs efforts à néant.

Devant moi, j’avais des kilomètres de terre flottante qui s'étendaient. Trop loin pour que je puisse en imaginer la fin, trop loin pour que l'on puisse la perturber de nos ambitions humaines.

Cette année, j’ai pris le temps de contempler la flore de ces tourbières. Il n'y a pas une grande variété, si bien qu'en une journée, il est possible de presque tout identifier ce qui y vit. On peut y voir la linaigrette à feuilles étroites, qui produit une petite boule de coton blanc au bout de ses tiges et qui ajoute grandement au paysage.

Il existe une autre famille de plantes que j'affectionne particulièrement, soit la Droséra. Cette plante carnivore détient de petits bras menus de gouttelettes collantes aux extrémités. Les cellules à la surface libèrent une enzyme protéolytique qui digère les protéines de l'insecte. La feuille absorbe alors les produits de la digestion pour combler ses besoins en azote.

Cependant, il y avait une fleur en particulier que je désirais observer, car je n'ai jamais pu faire sa rencontre jusqu’à présent. Il s'agit d'une orchidée extrêmement rare au Québec, qui voit son milieu de vie disparaître de jour en jour. Les arethuses bulbeuses, par un heureux hasard, étaient en floraison durant mon séjour. À seulement dix mètres de mon véhicule, alors que je partais pour ma dernière sortie, j’en ai finalement trouvé ! Petites et fragiles, elles sont un réel trésor.

J'ai eu la chance d'observer un couple en parade nuptiale sur une étendue d'eau d'environ dix mètres. En quittant ce petit lac, j’ai mis le pied au mauvais endroit et je me suis enfoncé jusqu’aux pectoraux. Le cœur battant, apeuré, je me suis ressaisi pour me sortir de ce pétrin. J’ai tenu ma caméra bien haute et grâce à mes pantalons imperméables, je ne me suis pas trop enfoncé.

J’ai commencé à me pencher vers l'avant, puis avec ma main libre, j’ai tiré le plus fort possible tout ce qu’il y avait de solide. Avec un mouvement de va-et-vient, j’ai « nagé » dans cette mousse de sphaigne, jusqu'à toucher un petit îlot et me remettre sur pied.

Les tourbières sont des lieux fascinants en raison de leur végétation, leur faune, mais également leur inaccessibilité. Même si je suis normalement très prudent, une minute d'inattention en ces lieux aurait pu engendrer des répercussions lourdes de conséquences. On m'a raconté sur place que certaines personnes avaient déjà perdu la vie dans ces tourbières en traversant le couvert végétal.

Cela dit, si les précautions sont prises, vous pourrez y découvrir un de nos plus beaux écosystèmes.

Au bout des deux semaines que j'ai pu passer en compagnie de ma conjointe et mes deux chiens, j'avoue avoir perdu un peu la notion du temps. Quand on vit au rythme de la côte nord et de son immensité, on peut se perdre dans le bien-être du moment présent. Cet été, je vous supplie d'aller découvrir ce coin de pays, car il est selon moi un de nos plus grands attraits touristiques. Heureusement pour nous, il est encore méconnu et peu développé !

Nous tenons à vous rappeler que lorsque vous effectuez du camping sauvage, il est très important de ne laisser aucune trace après votre départ. Il en va de la préservation des milieux naturels et de la santé des écosystèmes qui nous font vivre de si beaux moments en nature.

À propos de Jean-Simon Bégin Photographe animalier

L'expression photographique de Jean-Simon est le résultat d'une recherche de contemplation et d'isolement. Le monde sauvage contraste avec la modernité qui nous entoure. Il représente une parcelle d'équilibre et de symbiose fragile dans une période de grands changements. Selon l'artiste, la vraie création artistique se trouve bien au-delà de l'aspect technique. Avec son solide bagage en photographie, art qu'il perfectionne depuis déjà 14 ans, il se donne pour mission capter les ambiances sauvages rares.

Vous pouvez suivre ses aventures sur Facebook et sur Instagram !

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