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Publié le 7 juin 2019

La photographie animalière au printemps

Par Jean-Simon Bégin

La fin de l’hiver a toujours été la partie de l’année la plus ardue pour photographier la faune. Les chemins forestiers deviennent impraticables à cause de la fonte. De plus, la neige n’est plus d’un blanc immaculé, elle se parsème d’impuretés et les mammifères survivants de l’hiver ne sont pas des plus en santé. Ainsi, c’est beaucoup plus difficile de créer des images esthétiques.

Le printemps signifie la lumière au bout du tunnel pour plusieurs espèces qui n’hibernent pas. Par exemple, la rudesse de cette saison laisse souvent des traces visibles sur le corps des orignaux. Il m’est arrivé de photographier des orignaux tellement mal-en-point qu’il m’était difficile de savoir s’ils allaient survivre jusqu’aux premières chaleurs de mai. Les images, souvent crève-cœur, témoignent de l’épreuve qu’est l’hiver.

J’ai cependant trouvé une façon d’optimiser cette période de l’année. Bien qu’il vaille mieux laisser la faune reprendre son souffle durant cette période, il est toutefois pertinent d’étudier les traces que cette dernière a laissées. C'est pourquoi je vais explorer mon territoire photographique préféré : la réserve faunique des Laurentides.

Mon activité préférée de la période est sans contredit la chasse aux panaches ! Découvrir du regard les pointes d’un panache encore recouvert de neige est une source de fascination extrême. À mes yeux, c’est plus qu’un simple panache, c’est aussi la localisation exacte d’un cervidé mâle, qui était là, entre la fin novembre et le début janvier. Cette découverte me sera donc d’une grande utilité pour l’année suivante, car d’expérience, dans le cas des orignaux, ils reviennent souvent aux mêmes endroits, et ce, aux mêmes moments de l’année. Cette année, j’ai eu la chance de trouver les plus gros panaches de toute ma vie!

J’ai souvent eu la chance de tomber sur des sites de prédation hivernale du loup gris. La scène est toujours la même, un squelette d’orignal grugé jusqu’aux os et tout autour, un grand tapis d’empreinte de loups. Aussi, on y voit des traces d’oiseaux charognards, comme les grands corbeaux ou les pygargues à tête blanche. Une année, j’ai dénombré huit sites de la sorte, en seulement une journée de recherche, dans la réserve faunique des Laurentides. Deux d’entre eux étaient des femelles matures et six étaient des nouveau-nés. C’est la nature qui se régule et c’est bien ainsi !

Par contre, il faut être prudent quand on explore en période de dégel. En effet, voici une petite anecdote qui m’est arrivée l’an passé. Accompagnés de mon ami Anthony, nous sommes partis tôt le matin de Québec, pour aller explorer des chemins forestiers, dans un secteur que nous ne connaissions pas. À cinq heures du matin, le thermomètre indiquait -10 degrés Celsius. C’est une température assez froide pour la deuxième semaine de mai, cependant, il annonçait un maximum avoisinant les cinq degrés vers midi. Ayant fait la route bien avant le lever de soleil, nous étions déjà dans le véhicule tout terrain, prêt à explorer, quand ce dernier apparut.

La nature était en plein éveil, la mousse verte presque fluorescente contrastait avec la neige. Après dix minutes de route, nous avons eu la chance de voir deux alouettes hausse-col, une espèce que j’ai rarement vue en forêt. La route s’alternait entre neige glacée et terre battue, tout se déroulait à perfection et le soleil rayonnait. Nous avons aussi eu la chance de voir un tétras d’Amérique, en parade nuptiale avec sa femelle, à moins de deux mètres.

Nous sommes restés une heure à les photographier et à observer leur comportement. La journée avançait bien, voilà qu’après quatre heures de route dans les bois, entrecoupée de sessions photographiques, nous sommes arrivés à un mur de neige beaucoup trop gros à traverser.

Nous avons décidé de rebrousser chemin et de revenir à notre point de départ. Une fois le véhicule rempli d’essence et après avoir mangé quelques barres tendres, nous sommes repartis. Le mercure était beaucoup plus haut que cinq degrés et la neige était devenue molle et fondante. Nous n’avions pas du tout réfléchi à cette possibilité et nous étions passés par des endroits où la neige était profonde de plus de trois mètres. 

Tout ce qui était solide tôt le matin était devenu tout mou durant la journée. Il n’était plus possible de se tenir sur le véhicule, car il calait dans la neige fondue. C’était physiquement très intense, car nous devions pousser le guidon ensemble, pendant que j’appuyais sur l’accélérateur. À plusieurs reprises, le véhicule s’enlisait totalement et nous devions, à l’aide du treuil, nous tirer avec un arbre sur le bord du chemin, et ce, à répétition. 

Avec de la persévérance et puisque c’était notre seule option, nous avons réussi, au bout de huit longues heures, à revenir à notre point de départ. Huit heures où l’adrénaline nous poussait à continuer et où chaque nouvelle courbe nous rapprochait lentement de notre objectif. Ce qui devait être une journée tranquille aux belles découvertes fut la plus difficile de mes sorties en nature.

Si vous sortez au printemps, je vous conseille de porter une attention particulière à la neige, elle peut être votre meilleure alliée, tout comme votre pire ennemie !

 

Un grand merci à la Réserve faunique des Laurentides, sans qui cette chronique n'aurait pas été si riche!

À propos de Jean-Simon Bégin Photographe animalier

L'expression photographique de Jean-Simon est le résultat d'une recherche de contemplation et d'isolement. Le monde sauvage contraste avec la modernité qui nous entoure. Il représente une parcelle d'équilibre et de symbiose fragile dans une période de grands changements. Selon l'artiste, la vraie création artistique se trouve bien au-delà de l'aspect technique. Avec son solide bagage en photographie, art qu'il perfectionne depuis déjà 14 ans, il se donne pour mission capter les ambiances sauvages rares.

Vous pouvez suivre ses aventures sur Facebook et sur Instagram !

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Les opinions exprimées dans nos chroniques n’engagent que les auteurs des textes et ne représentent pas nécessairement celles de Magasin Latulippe. Bonne lecture.

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