Fermer
Publié le 11 décembre 2019

La quête du panache enneigé

Par Jean-Simon Bégin

Cela fait plus d'un mois que je suis à la recherche de cette image : un orignal mature avec un grand panache entouré de neige. Pourquoi cette quête? Car il s’agit d’un évènement très rare pour des raisons précises. Premièrement, les grands panaches sont ceux qui tombent en premier, soit de la mi-novembre à la mi-décembre. Ensuite, il faut être en mesure d’accéder au secteur où il y a des orignaux, car s’il y a trop de neige, la plupart de ces secteurs sont très difficiles d’accès et les orignaux se cachent profondément dans le bois où ils resteront tout au long de l’hiver. C’est donc très difficile de les trouver et d’avoir un paysage qui permet au sujet d’être un peu dégagé.

Durant ce mois, j'ai fait plusieurs expéditions où j'ai trouvé des orignaux mâles, mais la neige n'était pas au rendez-vous. Parfois, la neige était de passage, mais je ne voyais aucun sujet. Durant les derniers jours de mon expédition en Gaspésie, j’ai pu voir un mâle qui m’a particulièrement marqué. J’ai observé un orignal très vieux qui avait un panache très atypique. Quand je l’ai rencontré, il avait une grande plaie ouverte sous l’œil, signe d’un féroce combat qu’il a dû mener quelques jours avant mon arrivée.

Parfois, en photographie, on arrive avec une idée de composition et la réalité nous oblige à improviser. J’ai donc composé avec ce grand mâle avec des teintes automnales et un environnement inconnu. Ce même matin, j’ai vu quatre autres mâles et quatre femelles. La veille, au même endroit, je n’ai absolument rien vu. Le lendemain, encore rien. C’est toujours un coup de dés avec la faune.

Une chose est certaine, j’ai travaillé fort pour trouver mon deuxième orignal. J’étais en exploration dans un tout nouveau secteur et après quatre jours, je n’avais vu que des femelles et aucune neige.

Un soir, la tempête approchait et j’espérais que les précipitations tombent en neige sur les sommets de la Gaspésie. Ce fut une pluie torrentielle et un vent violent qui m’obligea à redescendre. Sur le chemin du retour, un grand arbre tomba devant moi me bloquant la route. Un peu plus loin, un éclair tomba près de la route et un orignal mâle traversait celle-ci à pleine vitesse. Impossible pour moi de capturer ce moment. Un peu plus loin sur la route, j’eus la chance de suivre un orignal beaucoup plus gros et de prendre quelques images avant de le voir disparaître dans un petit cours d’eau.

Suivant cette rencontre, j’eus la chance de voir un autre sujet, que je pus repérer avant le lever du soleil, à cause de son panache qui dépassait d’un petit buisson. Il dormait et j’ai dû attendre plus d’une heure avant qu’il ne se réveille. Il marchait près de moi dans un sentier, c’était magique. Ce matin-là, un autre petit mâle était venu le rejoindre et les deux ont simulé des combats amicaux. Une sorte d’apprentissage entre générations.

J’ai capturé plusieurs images d’orignaux, cependant mon objectif n’était pas du tout accompli. À pareille date l’an dernier, il y avait déjà trois mètres de neige dans les Chic-Chocs…

 

Début novembre, une tempête de neige semble être en vue. Avec mon coéquipier d'aventure, Éric, nous avons élaboré des plans pour concorder avec l'arrivée de cette tempête hivernale. En premier lieu, nous avions en tête un endroit très prometteur. Nous avons fait la route de nuit pour arriver au petit matin à ce lieu. Conduire de nuit dans la première tempête de neige, ce n’est pas chose facile, surtout sur les routes sinueuses de la Gaspésie.

Arrivés sur place, les forts vents et le blizzard ont fait en sorte que nous n'avons jamais trouvé d'orignaux. En quelques heures, il y avait plus de 30 cm de neige sur les routes où mon véhicule fut mis à rude épreuve.

Le lendemain, un peu déçus de la veille, nous sommes allés dans un tout autre secteur où nous n’avions aucune idée des chances de croiser un orignal. La route pour s'y rendre n'était pas déneigée et heureusement que cette neige n'avait pas durci, car je pouvais quand même m’y frayer un chemin. Il y avait plus de 40 cm à quelques endroits.

Arrivés à proximité de la destination, nous avons dû arrêter le véhicule, car il y avait beaucoup trop de neige. Je ne pouvais tout simplement plus passer, nous avons donc continué en ski hok.

Quelques kilomètres plus loin, nous avons croisé une piste d'orignal qui ne datait que d'une heure environ. En la suivant, nous ne savions pas si c'était un mâle ou une femelle, car on ne voyait que la moitié de son corps entre les arbres.

Nous avons décidé de laisser nos sacs et nos skis pour n'avoir sur nous que l'essentiel. En continuant de suivre ses pas, nous avons croisé un grand trou dans la neige. Il s'agissait de l'endroit où il s'était couché pour ruminer. Il venait donc tout juste de se réveiller de sa sieste.

Crédit photo : Éric Deschamps

Les orignaux à cette période de l'année mangent énormément de sapin. C'est un aliment très peu nutritif et ils doivent en manger une quantité phénoménale pour survivre. Nous l'avons donc observé en train de manger les petites branches accessibles qui n'étaient pas recouvertes de neige.

Ce beau mâle semblait encore dans le rut. Nous sentions par son comportement qu'il était territorial et parfois à la recherche d'une femelle.

C'était une scène irréelle. Il n'y avait pas de son, la neige tombait doucement, nous étions coupés du reste du monde et c'était magique.

C’est ainsi que ma quête fut récompensée.

Il n’est pas dit que je n’aurai pas d’autres opportunités de ce genre, avant la perte des panaches, cependant je peux dire qu’il s’agissait d’une de mes plus belles rencontres animalières à vie.

À propos de Jean-Simon Bégin Photographe animalier

L'expression photographique de Jean-Simon est le résultat d'une recherche de contemplation et d'isolement. Le monde sauvage contraste avec la modernité qui nous entoure. Il représente une parcelle d'équilibre et de symbiose fragile dans une période de grands changements. Selon l'artiste, la vraie création artistique se trouve bien au-delà de l'aspect technique. Avec son solide bagage en photographie, art qu'il perfectionne depuis déjà 14 ans, il se donne pour mission capter les ambiances sauvages rares.

Vous pouvez suivre ses aventures sur Facebook et sur Instagram !

Articles par Jean-Simon Bégin

Infolettre Latulippe

Inscrivez-vous à l'infolettre Latulippe et demeurez à l'affût de nos nouveautés et nos promotions.

Note aux lecteurs

Les opinions exprimées dans nos chroniques n’engagent que les auteurs des textes et ne représentent pas nécessairement celles de Magasin Latulippe. Bonne lecture.

Chroniques récentes

Fermer

Ayez du panache!

Inscrivez-vous à l'infolettre Latulippe et demeurez à l'affût de nos nouveautés et nos promotions.

Fermer

Connexion

Client existant


Nouveau client

Avec votre compte Latulippe, vous pourrez recevoir des promotions par courriel, connaître l'état de vos commandes en cours et consulter vos commandes antérieures.