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Publié le 13 janvier 2021

La saison idéale pour la photographie des hiboux

Par Jean-Simon Bégin

Bien que certains soient présents à l’année sur notre territoire, plusieurs raretés ailées de la famille des strigidés viennent nous rendre visite durant la période hivernale. Chaque fois que la première neige tombe, un flot de souvenirs remonte en moi. Je vais tenter par cet article de vous initier à l’observation de ces oiseaux.

Venant du nord, le harfang des neiges migre chaque hiver vers le sud. Le Québec est un des meilleurs endroits dans le monde pour en faire l’observation. Il y a des années où les harfangs sont tellement nombreux sur notre territoire qu’on le qualifie sa venue d’invasion. La population de harfang dépend principalement de l’abondance de sa nourriture principale; le lemming. C’est au cours de cycle de trois ou quatre ans que la population de ce petit mammifère peut atteindre son nombre maximal d’individus et ensuite chuter pour cause de maladie ou de famine. C’est ce qui explique la si grande fluctuation d’observation de harfang des neiges.

Harfang des neiges

Pour ma part, j’ai fait ma première rencontre avec le harfang il y a plus de 10 ans. Je croyais que ce lointain voyageur ne s’observait que dans des endroits reculés et lointains de mon Cap-Rouge natal. Pourtant, c’est dans les rangs avoisinant l’aéroport Jean-Lesage qu’il se trouvait. J'ai pu le repérer, car il était sur le sommet d’un silo à grain et que la forme blanche et lumineuse de son corps contrastait avec le reste du paysage.

Avec les années, j’ai pu en observer plusieurs dizaines dans les champs de Neuville, Saint-Augustin, Pont-Rouge et la liste est longue. En fait, la majorité des champs bordants le Saint-Laurent sont des endroits de prédilection pour observer le harfang des neiges. La raison pour laquelle il semble rare à observer est qu’il est pour la plupart du temps au sol. Un camouflage blanc sur de la neige, c’est assez efficace, surtout lorsqu’immobile. Les mâles matures, eux, sont entièrement blancs, contrairement aux femelles et aux jeunes qui arborent de petites taches noires les rendant beaucoup plus faciles à repérer.

La meilleure façon de réussir une sortie d’observation des oiseaux est d’avoir de bonnes longues-vues. Même si j’ai de grosses lentilles, c’est toujours avec mes longues-vues que je localise la faune. Et oui, certains modèles sont très coûteux, mais il s’agit d’un investissement qui dure toute une vie! Les meilleurs moments de la journée pour localiser un harfang des neiges sont le matin et le soir; la lumière est basse et le plumage reflète la couleur dorée du soleil, ce qui le détache du sol enneigé et crée une ombre perceptible derrière l’oiseau. Pour ce qui est de l’approche dans un contexte photographique, c'est plus complexe puisque le harfang peut déceler un mouvement à plus d’un kilomètre de distance. Il peut aussi tourner la tête à 270 degrés, ce qui ne laisse pas beaucoup de chance pour une approche sans être vu. C'est pourquoi j'ai toujours réussi mes images en pratiquant une approche à découvert, mais très lente. Chaque fois que le harfang regarde ailleurs, je rampe lentement vers lui, puis j’arrête lorsqu’il me regarde de nouveau. C’est une façon de démontrer à l’oiseau que nous sommes sur son territoire de chasse, mais que nous ne sommes pas une menace pour lui ni un compétiteur. Une paire de gants et de bas chauffants s’avèrent très pratiques pour ce genre de scénario.

Une autre espèce d’envergure vient également nous visiter durant l’hiver. Celle-ci, par contre, est beaucoup plus rare. Il s’agit de la chouette Lapone!

Chouette Lapone

On peut rarement la manquer de par sa taille imposante. Il s’agit de notre plus gros strigidé en termes d’envergure. En effet, déployées, ses ailes peuvent atteindre jusqu’à 158 centimètres, donc environ 5 pieds. Le Grand-Duc d’Amérique ne cède cependant pas sa place, car il détient la plus grande masse des deux espèces. C’est beaucoup d’air et de plume qui donne à la chouette Lapone cette si grande prestance.

La venue de cet oiseau au Québec relève d’une vraie chance. Il est dit qu’une invasion de chouettes Lapone peut se produire par intervalle de cinq ou dix années sur notre territoire. Certains recensements au sud font état de plus de 600 observations au début des années 2000 en une seule saison. Quand la nourriture se fait plus rare au nord, elle vient nous rendre visite. 

L’hiver dernier, j’ai eu la chance d’en photographier une. Durant un seul matin, j’étais seul avec elle. Outre la beauté indéniable de l’oiseau, il s’agit aussi d’un des moins farouches. Il ne craint pas l’humain et semble presque toujours accepter sa présence durant ses périodes de chasses. Ma première rencontre avec elle fut en 2012, au Cap-Tourmente. Je me rappelle comme si c’était hier de l’émotion que j’ai ressentie. Elle chassait à quelques mètres de moi et j'ai pu la photographier avec une petite musaraigne dans son bec. L’envergure de ses ailes déployées et le silence de son vol m’avaient rendu muet. Fait intéressant, cet oiseau possède des oreilles asymétriques et un large disque facial lui permettant d’entendre ses proies sous la neige, et ce, même sous 20 centimètres avec une croûte durcie. Cette année, j’ai pu en observer une qui n'est restée que deux jours dans le secteur. C’est assez rare de les voir si tôt en saison. Je me croise donc les doigts pour que nous puissions en voir d’autres tout au long de l’hiver.

La chouette épervière aussi vient faire un tour dans les secteurs sud de la province pour se nourrir. Elle est relativement petite et c’est, au même titre que la chouette Lapone, une rareté.

Chouette épervière

C’est à mon avis un des strigidés les plus difficiles à photographier. Premièrement, elle est petite, et deuxièmement, c’est une vraie fusée. En vol, elle ne plane pas lentement comme les autres représentants de son espèce, elle plonge et cambre ses ailes. Elle ressemble souvent à un Épervier qui plonge sur ses proies. C’est aussi la seule chouette à être capable de voler sur place comme les Falconiformes le font.

Il ne faut cependant pas la confondre avec la Nyctale boréale qui est presque identique, mais beaucoup plus petite et qui ne s’observe pas dans les mêmes secteurs. Par exemple, la chouette épervière sera souvent vue sur un fil électrique ou sur un arbre en hauteur en périphérie d’un espace dégagé. La Nyctale boréale, quant à elle, est pour la plupart du temps cachée au creux d’un conifère dans les forêts.

Nyctale boréale

La plus petite chouette venant nous visiter est la Petite Nyctale. Il s’agit sans contredit de l’oiseau le plus mignon du monde. On peut la trouver typiquement entre les branches des pins et des cèdres.

Petite Nyctale

Elle se cache bien, mais ses grands yeux jaunes et globuleux sont souvent la raison pour laquelle on la repère. C’est un oiseau qui ne se sauve pas. C’est pourquoi il ne faut pas abuser de sa tolérance et la laisser dormir durant le jour. Il m’est déjà arrivé, cherchant entre les branches d’un cèdre de tomber face à face avec elle. À environ une trentaine de centimètres de mon visage. Aussi surprise que moi, elle ouvrit ses yeux pleinement que je reculai lentement.

Petite Nyctale

Parmi les autres espèces que l’on peut croiser, il y a celles qui sont ici à longueur d’année. La raison pour laquelle on les voit plus souvent lors de la saison hivernale est que les feuilles des arbres sont tombées. C’est un peu comme si les murs de nos maisons tombaient. Il devient facile de repérer une masse au travers des branches d’un feuillu.

Chouette rayée

Faites cependant attention de ne pas vous ébahir devant un nid de guêpes ou un nid d’écureuil. Dans la majorité des cas où l’on pense voir un hibou, il s’agit d’un de ces deux sujets. Dans cette catégorie, on peut observer le Grand-Duc d’Amérique, la chouette rayée, le petit-duc maculé et le hibou moyen-duc (plus commun dans le sud de la province). Le plus difficile à trouver des quatre est le petit-duc maculé. Il est presque toujours dans les trous d’arbre et ne sort que rarement, quand le soleil est présent pour le réchauffer. C’est donc important durant vos balades en forêt de bien scruter toutes les cavités pour peut-être y trouver cet oiseau.

Petit-duc maculé

Je vous conseille de bons crampons sous vos souliers, car à force de toujours regarder en l’air on finit par ne pas regarder où l’on marche. Le camouflage de cet oiseau est aussi un des plus efficaces. Comme plusieurs oiseaux, il existe différentes formes qui qualifient la variation de couleur de son plumage. Dans cette espèce, une forme rousse existe. Je n'ai jamais eu la chance de la trouver, mais il s’agit d’une des plus belles choses que l’on puisse croiser.

Grand-duc d'Amérique

Moyen duc

Petit-duc maculé

Chouette rayée

Pour finir cette liste des 11 strigidés que l’on trouve au Québec, j’aimerais mentionner la présence du hibou des marais. J’ai pu l’observer à quelques reprises d’assez loin, mais jamais je n’ai réussi à l’approcher. Alors voici un défi d’observation! Je vous souhaite donc bonne chance à tous!

Pour faire l’observation des strigidés de manière responsable, voici une petite liste des comportements à proscrire dans un contexte non scientifique :

  • Ne pas appâter un strigidé avec des rongeurs de tous types
  • Ne pas utiliser des enregistrements sonores pour provoquer une réaction chez l’oiseau
  • Ne pas donner de coups ou lancer des objets sur le perchoir de l’oiseau pour le réveiller
  • Ne pas lancer d’objets en sa direction pour le réveiller
  • Ne pas utiliser de flash
  • Ne pas divulguer publiquement l’endroit où le strigidé a été vu
  • Ne pas approcher volontairement l’oiseau avec un chien ou tout autre animal de compagnie.
  • Grand-duc d'Amérique
À propos de Jean-Simon Bégin Photographe animalier

L'expression photographique de Jean-Simon est le résultat d'une recherche de contemplation et d'isolement. Le monde sauvage contraste avec la modernité qui nous entoure. Il représente une parcelle d'équilibre et de symbiose fragile dans une période de grands changements. Selon l'artiste, la vraie création artistique se trouve bien au-delà de l'aspect technique. Avec son solide bagage en photographie, art qu'il perfectionne depuis déjà 14 ans, il se donne pour mission capter les ambiances sauvages rares.

Vous pouvez suivre ses aventures sur Facebook et sur Instagram !

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