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Publié le 27 février 2019

Les caribous montagnards : premier contact

Par Jean-Simon Bégin

Il y a plus d’un an, j’ai fait ma toute première rencontre avec une espèce animale qui me fascine au plus au point: le caribou montagnard de la Gaspésie. J’avais, de prime abord, peu d’intérêt à faire l’ascension d’une montagne, car on y trouve généralement peu de faune en raison des conditions hivernales très difficiles. C’est cependant ma fascination pour cette espèce qui m’a fait changer d’idée.

J’ai donc entrepris de me rendre en Gaspésie, où se trouvent les plus majestueuses montagnes de notre territoire. Suivant les indications d’un ami, j’ai commencé à monter la montagne de nuit, avec mes Ski-Hok, afin de pouvoir y être pour le lever du jour. Étant néophyte à ce genre d’expédition, je me suis vite rendu compte que la forme physique est de mise et que j’avais beaucoup trop d’équipement lourd avec moi. Mes vêtements de style camouflage, très chauds, n’étaient pas du tout adéquats pour ce type de journée.

Le problème avec les montagnes et la photographie est qu’en plus de devoir transporter de l’eau en bonne quantité, de la nourriture et aussi des vêtements de rechange, tout comme les randonneurs ou les skieurs, il nous faut transporter tout notre matériel additionnel. Une fois au sommet, c’est là que notre activité photographique commence, et s’il faut que cela dure toute la journée, il nous faut être équipé en conséquence.

Une fois rendu au sommet, après trois longues heures intenses, j’étais complètement épuisé. J’avais de douloureuses crampes dans chacune des cuisses. Le manque de sommeil et une alimentation préparatoire peu adéquate en étaient principalement la cause. Me sachant au bout de la montée, j’avais atteint mon premier objectif d’être dans le lieu d’alimentation hivernal du caribou. Cependant, les forts vents me faisaient perdre pied et tomber, la visibilité était nulle et mon état mental jouait contre moi. Devais-je commencer à revenir pour ma propre sécurité? Seul, à trois heures de marche en montagne dans une tempête de neige à -40 °C… et sans moyen de communication. Quand on se trouve dans une situation de danger et de désorientation, on se questionne beaucoup. Pour ajouter à l’aventure, j’avais commis une autre erreur de débutant : je n’avais averti personne de l’heure maximale de mon retour pour cette journée, de sorte à ce que quelqu’un puisse appeler les secours si jamais je dépassais cette heure.

Dans cette situation particulière, j’ai vite réalisé que je n’étais pas assez préparé si jamais une malchance m’arrivait : on peut penser aux risques d’avalanche, au froid ou à toute autre blessure incapacitante. C’est aussi à ce moment que j’ai appris ce que c’est de se dépasser. J’ai pris le temps de récupérer comme je pouvais, jusqu’à ce que le froid soit trop intense et j’ai commencé la recherche du troupeau sur le sommet. Je ne pouvais pas avoir fait tout ce chemin pour revenir bredouille. C’est alors, qu’entre deux épisodes de bourrasques, je vis une silhouette qui ressemblait drôlement à un caribou. Plus je m’avançais vers le mirage, plus je découvrais des yeux, des panaches et finalement le troupeau entier.

Ils étaient, pour la plupart, couchés au sol. Certains se servaient de leurs sabots pour atteindre le lichen. C’est en étant témoin de leur grande résilience que j’ai oublié tous mes maux. Les voir survivre dans cet environnement était, sans contredit, un des plus beaux moments de ma vie. J’ai pu rester plus de deux heures à les photographier. Parfois, ils venaient carrément à moi, par curiosité. Probablement qu’ils ne voient pas d’humains, en petite boule dans la neige, très souvent. Je n’étais pas une menace pour eux et c’était une grande récompense pour moi de passer un bref moment dans leur famille.

Il y a fort longtemps, ce grand marcheur peuplait un vaste territoire du Nord- Est américain. Dans les années 1950, on estimait la population à environ 700 à 1500 têtes. Il est triste de constater, qu’aujourd’hui, ils sont sous la barre du 70, et ce, dans un seul secteur, celui du parc national de la Gaspésie. Cette harde possède maintenant le triste statut gouvernemental « en voie de disparition », ce qui est la mesure la plus sévère possible.

Après cette belle rencontre, encore au sommet, je n’avais plus d’eau ni de nourriture. Pour ajouter au confort, j’étais complètement mouillé et gelé. Il est important d’apporter des vêtements de rechange pour se changer au sommet. J’ai donc entrepris de descendre, très lentement, le mont que j’avais monté. Je suis revenu, en pleine noirceur. Quand j’ai aperçu ma voiture, je crois qu’il s’agissait de l’une des plus grandes montées de joie que j’ai vécues. De la chaleur et de l’eau, c’était pour moi ce que je voulais le plus au monde, et je les atteignais enfin.

À propos de Jean-Simon Bégin Photographe animalier

L'expression photographique de Jean-Simon est le résultat d'une recherche de contemplation et d'isolement. Le monde sauvage contraste avec la modernité qui nous entoure. Il représente une parcelle d'équilibre et de symbiose fragile dans une période de grands changements. Selon l'artiste, la vraie création artistique se trouve bien au-delà de l'aspect technique. Avec son solide bagage en photographie, art qu'il perfectionne depuis déjà 14 ans, il se donne pour mission capter les ambiances sauvages rares.

Vous pouvez suivre ses aventures sur Facebook et sur Instagram !

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