Qui aurait pu dire que le lièvre, un si petit gibier, avait une si grande importance économique au Québec ? Car des millions de dollars sont annuellement injectés dans l'économie de la province par les adeptes de la récolte de ce léporidé. En 1997, il est bien difficile d'avoir une image précise des "colleteurs", ces personnes s'adonnant à la capture du lièvre au collet. Malheureusement, à notre connaissance, c'est voilà une douzaine d'années que le défunt ministère du Loisir, de la Chasse et de la Pêche du Québec (MLCP) a commandé sa dernière étude exhaustive de cette activité. En juin 1985, le MLCP publiait un rapport de 75 pages de Stablex, une firme spécialisée dans les sondages.
C'est ainsi qu'on a appris que, durant l'automne 1983 et l'hiver 1984, 37 870 Québécois(es) s'étaient procuré un permis de "colletage" et que 31 000 de ces personnes, en compagnie de 20 000 parents et amis, avaient alors dépensé 3 600 000 $ pour pratiquer le "colletage" du lièvre. En posant, au total, 1 200 000 collets (39 collets par personne, en moyenne, pendant 32 jours, en moyenne), ces adeptes avaient récolté 1 100 000 lièvres (36 par personne, en moyenne). Notez bien qu'il n'est pas question, ici, de ceux qui chassent le lièvre au fusil ou à la carabine (de calibre .22). En 1981, la firme Stablex avait établi que les chasseurs avec armes à feu récoltaient annuellement, eux aussi, environ... un million de lièvres !
Ce sont surtout des hommes (96%) qui capturent des lièvres au collet et 75% d'entre eux sont âgés de plus de 35 ans (35% de plus de 55 ans). À 70%, ils proviennent de l'Est du Québec (30% du Saguenay/Lac-Saint-Jean, 20% de Québec, 20% de la Côte-Nord). Pour 20% de tous les "colleteurs", ils ne font aucune autre chasse que celle-là et ils ne possèdent même pas le certificat du chasseur. En moyenne, les "colleteurs" pratiquaient cette activité de loisir en plein air depuis 19 ans (37% de puis plus de 20 ans). Toutes ces personnes passent globalement plus d'un million de journées chaque année à se récréer en forêt. Per capita, le taux de pratique de l'activité est 67% plus élevé sur la Côte-Nord que dans la région de Montréal. Près de 7% de la population totale de la Côte-Nord s'adonne au "colletage", 5% au Saguenay/Lac-Saint-Jean, 3% dans le Bas-Saint-Laurent et la Gaspésie.
Mais qu'est-ce que les Québécois font avec ces lièvres ? Avec les membres de leur famille, ils ne mangent 560 000. Ils en donnent 285 000 à des parents et amis, tandis que les 185 000 autres sont vendus. D'autres sont utilisés comme appâts lors du trappage d'animaux à fourrure. Pour ce qui est des lièvres vendus, contrairement à la croyance populaire, ce n'est pas le commerce qui s'en empare: ce sont les adeptes eux-mêmes qui les vendent (60% des cas) à des parents, voisins et amis. Quant à la vente de lièvres dans les commerces d'alimentation, elle ne dépasserait pas 25 000 bêtes annuellement, selon Stablex.
Où sont donc capturés les lièvres "colletés"? La plupart du temps, près du domicile du "colleteur"! Surtout en milieu rural et semi-urbain. Plus de la moitié des adeptes (55%) vivent dans des municipalités de 5000 habitants ou moins.
Gabriel Alain, biologiste du défunt MLCP et spécialiste du lièvre au Québec, a déjà établi qu'on pourrait récolter la moitié des lièvres sans mettre en danger la pérennité de l'espèce et sans nuire à la récolte par les "colleteurs" et les chasseurs avec des armes à feu. Combien y aurait-il de lièvres au Québec? Alain a mentionné quelque... 32 millions pour l'ensemble de la province, dont près de 12 millions dans les régions facilement accessibles aux humains!
Ces petits gibiers ne vivent pas longtemps: deux ans, en moyenne. Mais ils se reproduisent facilement. Autour de Québec, une hase a trois portées par année (7,6 levreaux annuellement, en moyenne). La hase peut engendrer durant le printemps suivant sa naissance. Les plus grandes densités de lièvres se retrouvent dans la région de Montréal, puis en Estrie, en Abitibi et autour de Québec. Ils vivent en bordure des bois, des routes et des champs.
La chasse du lièvre à l'arme à feu est permise, de la mi-septembre jusqu'au 1er mars, dans la presque totalité des zones provinciales de chasse du Québec. C'est aussi le cas du "colletage", aux mêmes dates, au nord du fleuve. Au sud du fleuve, il faut attendre au 1er décembre pour "colleter".
Pour prendre le lièvre au collet, vous n'avez pas besoin de posséder un certificat du chasseur du Québec. Mais, vous devez acheter un permis spécial à cette fin, chez l'un des quelque 1800 dépositaires de permis de chasse et de pêche (13,16 $, plus taxes), même si vous possédez déjà un permis de chasse des petits gibiers avec une arme à feu (12,72 $, plus taxes). Évidemment, il faut être détenteur du certificat du chasseur du Québec pour récolter des lièvres avec une arme à feu. Il n'y a aucune limite au nombre de lièvres que vous pouvez prendre quotidiennement et posséder chez vous. La vente des lièvres est permise.
À propos de André-A. Bellemare
Chroniqueur de chasse et pêche depuis 40 ans.
André-A. Bellemare participe à Latulippe.com depuis 1996. À ce jour, il a rédigé plus de 400 chroniques pour Latulippe.com Bien informé sur l'actualité du plein air au Québec, il vous offre sa science, son expérience, son vécu et ses opinions.
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