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Publié le 11 mai 2020

Kayak et photographie au printemps

Par Jean-Simon Bégin

S'il y a bien une chose de positive par rapport au confinement, c’est qu’il m’a obligé à continuer mes activités de photographe animalier dans un secteur beaucoup plus restreint. Ce territoire qui, par sa proximité, n'avait jamais éveillé en moi la passion et la persévérance de le découvrir est devenu ma plus belle découverte des dernières années.

Ce printemps, ayant beaucoup plus de temps qu'avant la pandémie, j'ai entrepris d'explorer les lacs et rivières le plus hâtivement possible. C'est un moment de l'année où les sous-bois sont difficilement accessibles. La neige est molle et quelques mètres de marche parviennent rapidement à nous essouffler. Aussi, les animaux sont d’aspect cadavérique, car ils sont en mue saisonnière et n'ont plus de réserve de graisse.

C'est pourquoi il me fallait découvrir à quel endroit je pourrais trouver les premières étendues d'eau dégelées de mon territoire. A priori, j'ai pensé à toutes les charges et les décharges de lacs. Ce sont des endroits où l'eau est beaucoup plus en mouvement, en plus d'avoir un débit augmenté à cause de la fonte. Puis, il ne fallait que tenter sa chance. La meilleure façon de suivre l'avancement de la fonte des lacs, c'est d'y aller à intervalles réguliers.

Il faut bien se préparer avant de mettre son kayak à l'eau. Pour commencer, je recommande tous les types de kayaks qui s’apparentent aux kayaks de pêche et qui sont fermés. Il faut aussi privilégier les couleurs de camouflages, car les oiseaux sont facilement dérangés par les couleurs voyantes. Il faut aussi évaluer si le débit de la rivière qui se rend au lac n'est pas trop élevé. À quelques reprises, j’ai réussi de peine et de misère à retourner à mon point de départ. Le port de la veste de flottaison prend particulièrement son sens au printemps. On rencontre parfois des embâcles de glace dans les rivières ou encore des barrages d'arbres morts. Avec le fort débit de l'eau, on peut rester coincé et le kayak peut rapidement chavirer. Les températures matinales sont souvent sous zéro, ce qui est magnifique pour les ambiances. En contrepartie, il faut bien vous habiller, car il y aura inévitablement de l'eau sur vous et votre kayak. Les bottes de pluie isolées sont indispensables pour apprécier l’expérience. Tout d'abord, lors de la mise à l'eau, mais aussi ailleurs, vous aurez besoin de mettre vos pieds à l'eau pour déplacer votre kayak lorsqu'il touche le fond. Un autre point important à ne pas négliger, ce sont les gants. Avec les pagaies, il y a toujours un ruissellement qui rend vos mains rapidement humides. Avec des températures de -10°C, vous ressentirez rapidement le froid et n'aurez aucun plaisir dans votre activité. La solution est d'utiliser les mitaines les plus grosses et les plus chaudes que vous avez pour vous déplacer. Durant la prise photographique, vous les changez pour des gants ajustés bien secs. Dans un contexte de photographie, je vous conseille de mettre tous vos items (jumelles, batteries de rechanges, lentilles et cartes mémoires) dans un sac au sec. Il faut apporter le moins de matériel possible, car la place dans un kayak est limitée. Ainsi, advenant un accident, vous éviterez de tout perdre! Je conseille aussi d'apporter une grande serviette qui éponge bien. Je place souvent mon appareil entre mes jambes et je le recouvre pour le protéger partiellement de l’eau. Avec ces conseils, vous serez en mesure d’apprécier la beauté printanière sur nos lacs magnifiques.

La raison de l'intérêt d'aller visiter ces petites oasis, c’est qu’il s’agit de la seule eau vive disponible pour tous les oiseaux migrateurs ainsi que pour les mammifères récemment sortis d'un hiver glacial. Les migrations aviaires sont variées, mais pour ce qui est des lacs, j'avais principalement comme objectif d’observer tous les types de canards. Pour ce qui est des mammifères, les castors sont des sujets assez intéressants à ce moment de l'année. Ils sont souvent complètement hors de l'eau, sur la glace, ce qui nous permet d’apprécier toute la beauté de cette espèce. Le rat musqué est aussi une espèce fascinante qui est extrêmement commune. Quand on prend le temps d’observer cet animal, on découvre qu'il est curieux et vraiment charmant. Il faut passer par-dessus le mot « rat » et lui donner une petite chance, car il est tellement actif et social. Il faut aussi rappeler qu'à cette période, tous les animaux sont en mode séduction. Les parades nuptiales sont fréquentes à observer chez les oiseaux et il s'agit souvent de leurs plus beaux comportements.

Quelque chose me motivait particulièrement dans cette recherche, soit l’un de mes mammifères préférés de notre territoire. On l'observe rarement, car il n'est toujours que de passage : la loutre de rivière! Je me souviens de la première fois où j'ai fait sa rencontre. C'était en 2014 dans la Vallée de la Jacques-Cartier. Durant le printemps, il y avait de petits trous dégelés dans la rivière. J'avançais à vélo, ouvert à toute rencontre et puis je les ai vues. Deux belles loutres entrant et sortant de leurs trous avec de belles grosses truites mouchetées en bouche. J’ai pris une tonne d'images en étant couché dans l'eau glacée! Elles étaient curieuses et après un moment, elles ne sont plus ressorties. Puis, j’ai continué ma matinée en croisant un couple d’orignaux à quelques mètres de là. Sur le chemin du retour, j’ai entendu une sorte de grognement. En regardant vers la rivière, j’ai vu un groupe de cinq loutres qui nageaient en ma direction en sortant la tête à la manière d'un cobra, tout en émettant un grognement. J’ai pris position sur une grosse roche au bord de la rivière pour les observer. Elles continuaient d’avancer vers moi. Et puis, comme je m’y attendais, elles ont plongé et ont disparu. En regardant dans l'eau, j’ai pu voir les loutres passer une à la suite de l'autre pour se diriger en dessous de la roche où j'étais assis. Les grognements étaient devenus des échos amplifiés, comme sortis du fond d'une grotte. J’ai décidé de les laisser tranquille dans ce qui était, je crois, leur maison.

Durant ma première sortie sur un lac cette année, j’ai pu observer des centaines de bernaches et une chaude brume que provoquaient leurs cris. Quand les premiers rayons de soleil la transperçaient, on pouvait la voir s'illuminer. Une espèce toute commune, mais qui renferme un potentiel immense pour composer des images rares!

J’ai aussi pu voir des centaines de canards : Petit Garrot, Grand Harle, Harle Couronné, Fuligule à collier, Canard Branchu, etc. Tous assez farouches, j’ai décidé de ne pas trop m'y attarder, car la technique d'observation la plus efficace pour ce type d’oiseau est certainement l’affût!

J’ai pu réaliser de magnifiques images de carouges à épaulettes à contre-jour. Puisque j'étais en kayak, j'étais à la hauteur parfaite pour capter leurs sérénades au ras du sol.

En observant au loin mon tout premier huard de la saison, j’ai vu des mouvements en bordure de glace. D’après la taille et le mouvement de la queue, j’ai cru que c'était deux rats musqués. Je me suis donc dirigé donc vers eux. Ils ont plongé et j’en ai profité pour m'approcher davantage. Plus rien ne bougeait, il n'y avait aucun mouvement autour de moi. Tout à coup, à mon immense étonnement, une tête de loutre est sortie d'un trou de glace, puis une deuxième, une troisième et une quatrième. J'étais complètement sous le choc, je cherchais à photographier cette espèce sur la glace depuis si longtemps!

Je n'étais cependant pas dans un angle intéressant pour le faire, j’ai donc pris le risque de me mettre à genoux dans mon kayak et de me diriger lentement à cinq mètres vers la droite. Pendant ces longues minutes, j'ai eu peur de rater ma chance et d'avoir pris une mauvaise décision. À tout moment, elles auraient pu arrêter de me regarder, perdre leur curiosité à mon égard, disparaître et ne jamais revenir.

En position, je me suis couché de tout mon corps sur l’avant de mon kayak. Mes deux coudes étaient dans l’eau jusqu’à la hauteur de mes poignets. L'eau était glaciale, mais l'adrénaline m’a aidé à ne pas le ressentir. Puis, j’ai appuyé sur le déclencheur sans relâche. C’était un rêve qui se réalisait et j’en étais conscient pendant que je le vivais!

J’ai pu les photographier pendant environ cinq minutes, ce qui m'a pourtant semblé être une heure de plaisir! J’avais l’impression que le temps s'était arrêté. Vous comprendrez que suite à cette expérience, je suis retourné à cet endroit jour après jour. J'ai même pu assister à un accouplement! Plus le lac dégelait et moins les loutres voulaient m'approcher. La dernière fois que j'ai pu en observer une, c'était le 6 mai et elle ne m'a laissé le temps de prendre qu'une seule image.

Parfois, les situations de la vie qui sont hors de notre contrôle nous obligent à être créatifs pour nous en sortir et continuer. C'est exactement comment je vois le confinement que nous vivons. Pour ma part, ce confinement m'a appris énormément sur ce qui était autour de moi et que je n'avais jamais vu.

Voir nos kayaks

À propos de Jean-Simon Bégin Photographe animalier

L'expression photographique de Jean-Simon est le résultat d'une recherche de contemplation et d'isolement. Le monde sauvage contraste avec la modernité qui nous entoure. Il représente une parcelle d'équilibre et de symbiose fragile dans une période de grands changements. Selon l'artiste, la vraie création artistique se trouve bien au-delà de l'aspect technique. Avec son solide bagage en photographie, art qu'il perfectionne depuis déjà 14 ans, il se donne pour mission capter les ambiances sauvages rares.

Vous pouvez suivre ses aventures sur Facebook et sur Instagram !

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