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Publié le 20 novembre 1997

L'art de chasser la perdrix en décembre

Par André-A. Bellemare

Les chasseurs ont des habitudes bien ancrées. Ainsi, la majorité des quelque 250 000 adeptes de la chasse de la gélinotte huppée (qu'on appelle familièrement la «perdrix», au Québec) cessent de pourchasser ce galinacé sauvage dès les premières neiges. C'est dommage ! Ces personnes se privent alors d'heures bienfaisantes de récréation en plein air et d'une partie de la récolte potentielle.

Habituellement, les fervents de la petite chasse s'enfoncent en forêt, de la fin de septembre jusqu'au début de novembre, à peu près durant la période pendant laquelle cette forêt est fréquentée par les quelque 150 000 chasseurs d'orignal et les quelque 140 000 chasseurs de chevreuil. Or, jusqu'au 31 décembre, alors que la récolte des gélinottes huppées est encore permise au Québec et que tout est infiniment plus calme en forêt, il est rarissime d'y rencontrer un chasseur de perdrix.

N'oubliez pas que la gélinotte modifie son comportement dès l'apparition des premières neiges. Elle se tiendra surtout dans une portion de son territoire où elle trouvera plus de conifères, qui lui assureront une meilleure protection contre vents et prédateurs. Il lui faut toutefois aussi trouver de l'eau à boire et elle recherchera la proximité d'un ruisseau ou d'une rivière coulant en cascades durant tout l'hiver. En décembre, recherchez les perdrix dans les coulées où poussent en abondance les conifères parsemés de feuillus et où coulent librement ruisseaux et rivières.

Les pattes de la gélinotte sont courtes et partiellement couvertes de plumes. Les quatre doigts de chaque patte sont légèrement palmés. À l'approche de l'hiver, une frange cornée pousse à chacun de ces doigts, comme les dents d'un peigne, ce qui donne à la gélinotte une paire... de raquettes à neige ! Ces raquettes lui permettent de se déplacer facilement au sol, même lorsque la neige est molle. La perdrix laissera alors dans la neige des pistes ressemblant à des astérisques... que vous pourrez suivre.

Comme plusieurs personnes, vous vous demandez s'il est vrai que la gélinotte huppée s'enfouit sous la neige pour se protéger du vent, du froid et des prédateurs ? C'est vrai ! La durée de son enfouissement dépend directement de la température. Dès que la température baisse sous le point de congélation, la gélinotte s'enfouit sous la neige durant la nuit et se repose au milieu des conifères pendant la journée. Pour se nourrir, elle se déplace au sol durant le jour et fréquente alors les mêmes endroits que ceux où le lièvre se nourrit. Elle vole alors rarement et se perche tout aussi rarement. Vous avez tout intérêt à surveiller simultanément les pistes des lièvres et des gélinottes. Un chasseur patient, qui fréquente souvent le même territoire, circulera constamment dans le même sentier. Bien battu, ce sentier attirera finalement les lièvres et les gélinottes, qui trouveront plus facile d'y circuler que dans la neige molle.

Lorsque la température descend sous -10°C, la gélinotte reste plus longtemps enfouie sous la neige, au même endroit. Elle peut creuser quelques trous durant la même journée et laisse toujours des pistes d'un trou à l'autre. Il s'agira pour vous de suivre ces pistes et d'être constamment aux aguets... jusqu'à ce qu'une gélinotte surgisse de la neige comme en explosant, presque sous vos pieds !

Cependant, si la température est vraiment froide (en dessous de -20°C), la gélinotte reste presque constamment enfouie sous la neige et ne sort que très brièvement de son trou pour se nourrir. Dans de telles conditions, elle plonge dans la neige et en sort en volant, au lieu de marcher, ne laissant ainsi pratiquement pas de trace de son passage. Dans ce cas, cherchez la gélinotte sous les arbres feuillus et dans des endroits dégagés: en bordure des sentiers et des routes, dans les clairières, sous les pylônes des lignes de transport d'électricité ou dans les pointes de petits bois sur les fermes. Lorsqu'il fait extrêmement froid, la gélinotte se nourrit généralement le matin et le soir, puis passe le reste du temps enfouie dans la neige.

Lorsque la neige est très abondante, elle s'y cache et n'en bouge plus, toujours pour se protéger du froid et du vent et pour économiser les réserves de nourriture nécessaires à sa survie. Si la neige durcit à la suite de verglas et qu'elle ne peut plus s'y réfugier, la gélinotte est exposée au vent et au froid, ce qui provoque une plus grande dépense d'énergie. Elle doit alors manger davantage et épuise rapidement les réserves de nourriture de son territoire.

Contrairement à une croyance largement répandue, jamais la gélinotte ne reste emprisonnée sous la neige durcie à la suite d'un verglas. Souvenez-vous qu'elle n'entre jamais très profondément sous la neige par temps doux et qu'elle en laisse alors dépasser sa tête et sa queue. Pour qu'elle y reste emprisonnée, il faudrait que la température varie radicalement (de 0°C à -20°C) en l'espace de six à huit heures, ce qui survient plutôt rarement. Bonne chasse !

À propos de André-A. Bellemare Chroniqueur de chasse et pêche depuis 40 ans.

André-A. Bellemare participe à Latulippe.com depuis 1996. À ce jour, il a rédigé plus de 400 chroniques pour Latulippe.com Bien informé sur l'actualité du plein air au Québec, il vous offre sa science, son expérience, son vécu et ses opinions.

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