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Publié le 1 juin 2019

La Grande Traversée de Charlevoix

Par Kareen Brochu Harvey

La Traversée de Charlevoix, c’est un parcours de plus ou moins 105 km en forêts montagneuses au cœur de Charlevoix avec nuits en refuge. Il est possible de la faire en 6 nuits et 7 jours ou 5 nuits et 6 jours en combinant les deux premières journées comme je l'ai fait. Les sentiers sont bien balisés, mais ils ne sont pas tracés mécaniquement (à prendre en considération). La Traversée demande donc une bonne expérience en randonnée. Les journées varient entre 10 et 25 km avec beaucoup de montées, il faut être endurant et bien préparé. J’insiste vraiment sur le « bien préparé » : au niveau du mental, un peu du physique et surtout au niveau du matériel. Ne prenez pas cette aventure à la légère.

J’ai choisi de faire la Traversée en autonomie en refuge, c’est-à-dire en transportant tout mon matériel et toute ma nourriture sur mon dos durant tout le trajet, mais sachez qu’il est possible de faire la Traversée avec un dépôt de bagages à chacun des refuges moyennant un coût de près de 100$. De cette façon, vous diminuez la difficulté de la Traversée en vous enlevant du poids.

Conseil : informez-vous lors de votre réservation à savoir si d’autres gens font la Traversée en même temps que vous et s’ils prennent le dépôt de bagages. Vous pourrez ainsi entrer en contact avec eux et diviser le coût. Si vous choisissez cette option à mon avis coûteuse, vous économiserez un peu de cette façon.

Pour avoir fait la Traversée avec un sac à dos de 50 litres, je vous conseille de ne pas prendre le dépôt de bagages, c’est très faisable sans! Si vous prenez le temps de bien vous préparer, ce sera une très belle expérience de partir avec tout le nécessaire sur le dos. J’avais tout ce dont j’avais besoin pour vivre dans la nature et j’étais totalement indépendante des refuges en cas de pépins.

De plus, il faut prévoir un transport entre le point d’arrivée et le point de départ. Une fois arrivé au Mont Grand Fond (fin officielle), vous devrez retourner à votre voiture dans la ZEC des Martres. Certaines personnes choisissent de faire de l’auto-stop alors que d’autres déboursent les frais supplémentaires pour faire déplacer leur voiture (encore une fois, un coût de plus de 100$ qui peut être justifié si vous n’avez pas la possibilité d’avoir deux voitures).

Conseil : si vous êtes plusieurs avec une voiture, stationnez-en une au départ et une à l’arrivée. Vous n’aurez qu’à payer l’essence pour deux voitures plutôt que de payer les frais de déplacement qui dépassent les 100$. Pour ma part, j’avais de la famille qui me récupérait à la fin de la Traversée pour me ramener à ma voiture dans la ZEC des Martres. Une belle économie de ce côté et ce fut un réel plaisir de voir mon conjoint après 3 jours sur 6 seul dans les bois.

Prendre la décision de partir à laventure, ça demande de la préparation.

La décision de faire la Grande Traversée de Charlevoix ne vient pas de moi. C’est ma partenaire officielle de randonnée qui m’a proposé ce projet alors que j’étais en voyage pour 6 semaines en Saskatchewan. Sans trop savoir dans quoi je m’embarquais et surtout, sans avoir le matériel nécessaire, j’ai dit oui tout de suite avec l’excitation d’une enfant qui ouvre enfin son cadeau de Noël.

J'étais si enthousiaste à l’idée de partir 6 jours en forêt sans électricité ni eau potable que l’odeur du grand air me remontait psychologiquement dans le nez juste à y penser. Sans perdre une seconde, j’enchaîne les recherches sur internet : comment filtrer l’eau ? Quoi manger ? Quoi mettre dans mon sac? Comment bien remplir mon sac ? Cuisiner avec quoi ? Quoi porter comme vêtements ? Je voulais être bien préparée et surtout, être autosuffisante. Cette préparation m’aura été très utile à mi-parcours, vous comprendrez vite pourquoi.

Jour 1 - Le départ

Après plusieurs semaines de préparation et d’achats (surtout d’achats haha), j’étais prête pour ma première longue randonnée en autonomie en refuge. Nous avions 2 heures de route à faire pour nous rendre au point de départ à la ZEC des Martres. Je suis partie de Lévis à 4h30 du matin pour récupérer mon amie à Québec vers 5h00 et arriver vers 7h00 pour le grand départ de la première journée.

Succès ! Tout s’est déroulé comme prévu. En un claquement de doigt, nous étions sur le sentier en direction du premier refuge. Comme nous avions décidé de combiner les deux premières journées, nous avions environ 20 km à faire avant d’être au premier refuge (qui est en réalité le deuxième de la Traversée, le refuge La Marmotte).

À noter : vous devrez laisser les papiers de votre enregistrement visible dans votre voiture. Selon que vous vous stationnez à l’extérieur ou à l’intérieur de la ZEC, vous aurez des frais supplémentaires à payer (l’accès à la ZEC).

Conseil : si Charlevoix n’est pas très près de votre demeure, laissez dans votre voiture un sac supplémentaire contenant des vêtements confortables, de l’eau et de la nourriture (le chocolat est toujours bon pour le moral après 6 jours en nature, mais attention à la chaleur de l’été pour les aliments restant plusieurs jours dans la voiture). Vous serez très heureux de pouvoir vous changer avec des vêtements propres et manger une bouchée sucrée à votre arrivée.

Mont des Morios ! À faire !

Les premiers kilomètres sont merveilleux. À mi-chemin, vous avez la possibilité de faire un sentier « standard » ou un « expert ». Nous avons choisi le sentier expert principalement parce qu’il nous rapprochait de l’intersection pour faire le mont des Morios, un des monts optionnels.

Durant la Traversée de Charlevoix, vous avez, à plusieurs points, la possibilité de faire des monts supplémentaires. Le mont des Morios en fait partie. C'est un vrai sentier expert avec un grand dénivelé, faisable en peu de temps et pourvu de cordage pour pouvoir monter.

Conseil : Une fois arrivé à l’intersection pour faire le mont des Morios, vous pouvez cacher votre sac en dehors du sentier pour rendre la montée des Morios un peu plus facile. De toute façon, comme cette partie est facultative, nous revenons sur nos pas (c’est un aller-retour) pour nous rendre au refuge.

Pour aller plus vite, nous choisissons de nous rendre au sommet des Morios par le parcours expert, encore une fois. Avec les grands cordages, ça représente tout un défi, surtout après avoir parcouru 16 km.

Quelle belle montagne! Je vous la recommande, mais soyez conscient que votre journée augmentera en longueur et en difficulté à cause du dénivelé.

20 kilomètres plus tard, nous relaxions sur le bord d’un lac près du refuge La Marmotte. Quel plaisir!

Jour 2 – Faire face à labandon

Le premier matin en refuge est toujours un peu brutal. Comme un lendemain de veille, mais sans alcool. On est un peu endolori, très fatigué, un peu sale aussi, mais ça ne prend pas de temps à notre excitation pour revenir au galop. Encore 5 jours dans le bois!

Comme pour les 4 prochains matins que nous avons devant nous, il faut tout remballer son sac pour repartir marcher vers notre prochaine destination : refuge La Chouette. Dites-vous qu’à chaque jour, votre sac est de moins en moins lourd et de moins en moins rempli.

C’est vers midi que ma partenaire m’annonce qu’elle est très fatiguée et qu’elle désire quitter l’aventure. Tous nos petits extras de la première journée (combinaison des deux premières journées, sentier expert et mont des Morios) lui ont apporté beaucoup de douleur au genou. De ce fait, j’ai dû faire face à son abandon.

Je n’ai pas voulu m’interposer dans sa décision de quitter, puisqu’elle seule connaît son corps. Je lui ai dit qu’elle devait s’écouter et choisir par elle-même si elle devait rester ou de quitter. Je vous conseille d’ailleurs la même chose. N’essayez pas de suivre quelqu’un si vous vous sentez physiquement et mentalement incapable. Le risque d’accident devient plus important. C’est correct d’abandonner, ça fait partie de la vie.

Il faut savoir que vous ne pouvez pas quitter à n’importe quel moment la Traversée de Charlevoix à moins de contacter le service d’urgence qui viendra vous récupérer en véhicule tout terrain moyennant environ 200$. Par contre, il y a quelques sorties d’urgence pour pouvoir quitter de votre plein gré sans intervention. Il faut aussi savoir qu’il est possible de faire la demi-Traversée qui se termine dans le parc des Hautes-Gorges. C’est la décision que mon amie a prise : quitter lors de la troisième journée (le lendemain), par le parc des Hautes-Gorges, soit à la moitié du trajet. Sage décision.

Nous avons terminé la deuxième journée, 11 kilomètres plus tard, un peu amèrement, mais dans un endroit totalement féérique. Le refuge « La Chouette », entouré d’arbres et de sapins, est positionné face à un petit lac avec une montagne en arrière-plan. C’est merveilleux de pouvoir écouter la nature en se reposant face à ce havre.

Jour 3 – La séparation

Les matins deviennent vite routiniers : rouler le sac de couchage, déjeuner, s’habiller, ranger son sac, mettre ses bottes et partir. Une routine que j’aimerais bien pratiquer tout au long de l'année.

Je vous avoue que j’étais un peu fâchée et que les premiers kilomètres n’ont pas été les plus agréables. Fâchée que mon amie m’abandonne, mais après quelques heures, je me suis mis à penser à l’expérience incroyable que j'allais vivre. Parcourir environ 55 kilomètres seule, à la merci de la nature, c'est une belle aventure qui m’attend.

Arrivée dans le parc des Hautes-Gorges (tout près de l’Acropole des Draveurs), je dis au revoir à ma partenaire ainsi qu’au couple de Français qui fait la demi-Traversée en même temps que nous. Mon amie se trouve en sécurité avec d’autres gens alors que son conjoint est tout près d’arriver pour la ramener à la maison. Je repars pour faire les 6 kilomètres restant avant le troisième refuge : Le Geai Bleu, qui s’avère être le plus beau de tous!

Un mot : Wow! 22 kilomètres plus tard, la surprise à l’arrivée au refuge est merveilleuse.

Le refuge « Geai Bleu » est perché sur une falaise surplombant la rivière Malbaie. J’ai passé plusieurs heures les pieds dans l’eau et la musique à l’oreille à penser aux jours restant de la Traversée de Charlevoix. Je garde un beau souvenir de ce moment.

Jour 4 – Être seule nous fait beaucoup réfléchir

Rouler le sac de couchage, déjeuner, s’habiller, faire son sac et partir... seule ! J'insiste beaucoup sur le mot « seule » dans les derniers paragraphes, mais je ne réalise pas un exploit. J'écoute simplement mon orgueil et mon désir d’accomplissement pour terminer l’aventure en entier. Je veux le faire et je le fais!

Je passe beaucoup de temps à réfléchir sur ma vie tout en avançant. Cette journée s'avère délicieuse pour mon mental.

La température est magnifique et je profite du temps au maximum. 16 kilomètres plus tard, j’arrive au refuge « Le Coyote » qui est près d’un cours d’eau, ce qui me permet de me laver les cheveux. Quelle joie après 3 jours sous le soleil chaud d’été.

Durant la Traversée, l’accès à l’eau est très fréquent. Je n’ai jamais dû économiser pour ne pas en manquer. Il y a même 2-3 refuges qui ont un lac ou une rivière à proximité permettant de s’y tremper pour enlever une couche de saleté et se refroidir.

Jour 5 – Jai causé beaucoup dinquiétude

C’est ma première longue randonnée et elle s'avère être ma première en solo aussi. Ma famille s'inquiète que je sois seule dans les profondeurs de Charlevoix (j’en mets un peu ici, haha !). Particulièrement lors de la cinquième journée, où je cause beaucoup d’inquiétude. Pendant plus de 12 heures, je n’ai aucun réseau, aucun signal. Vous me direz que ce n’est pas très grave 12 heures, mais avec les conditions nouvelles de mon parcours, ma mère s'inquiète beaucoup. Ce n’est que le lendemain que j'arrive à donner des nouvelles et à prévenir mes proches que tout va bien. L’aventure continue!

Conseil : durant la Traversée de Charlevoix, nous passons par beaucoup d’endroits sans réseau ni signal. Ayez alors une trousse de premiers soins et de survie pour pouvoir intervenir rapidement en cas d’urgence. J’avais la mienne à proximité.

À la vue de la balise qui indique 1 kilomètre avant le dernier refuge (l’Épervier), je suis super excitée. Excitée de m’être rendu jusque-là. Je prend alors le temps de m’asseoir et de profiter de la nature et de la belle température. Je passe des heures à ramasser des bleuets sauvages et je n’exagère même pas. Je réalise que ça ne sert à rien de se dépêcher et d’être stressé d’arriver rapidement aux refuges. Il vaut mieux prendre son temps et profiter de chaque moment.

Ce soir-là, j’ai réalisé que la vie n’était pas une question de performance, mais d’expériences.

N’écoutez pas les gens qui vous disent que la dernière journée est la plus facile puisqu’elle n’est que de 10 kilomètres. Avec la fatigue et les ampoules aux pieds, certaines sections dans les roches sont pénibles, mais je continue, bien évidemment. Oui, je suis tombée, je me suis écorchée à vif, mais chaque petit bobo en a valu la peine. Malgré mon amour pour ce genre d'aventure et le fait que j'aime être en tout temps en pleine nature, la hâte de terminer ce parcours me gagne. Je marche en me demandant qu’elle sera ma prochaine destination, en sachant très bien que mes pieds vont avoir besoin de plusieurs jours, voir plusieurs semaines de convalescence.

100 kilomètres, 6 journées, de l’expérience plein la tête et 9 ampoules plus tard, j’aperçois la balise 5 km restant. Le sourire sur mon visage parle de lui-même. J’ai très hâte de pouvoir mettre mon pied par terre au point d’arrivée et dire : « Mission accomplie! ».

À ce point-là, ce n’est plus une question de jours ou d’heures, mais une question de minutes. Le sentiment que je ressens est probablement le même sentiment que ceux qui sont à quelques mètres du sommet de l’Everest, mais dilué au maximum bien sûr haha. Le sentiment d’accomplissement, le sentiment de quelqu’un qui s’est poussé à réaliser son objectif.

Un peu avant la balise du 2 km restant, je rencontre un coureur qui me crie gentiment : « Tu y es presque! » et moi de lui répondre fièrement : « merci monsieur! ». Je suis rapidement repartie, comme une athlète au point de départ de sa première course olympique (enfin, presque...).

11 kilomètres plus tard, je vois finalement la pancarte du mont Grand Fond et je verse une petite larme. Bien oui! Je suis fière de moi et j’espère que vous le serez si vous décider de faire la Grande Traversée de Charlevoix, peu importe votre condition physique. Je sais que pour certains, une aventure comme celle-là est beaucoup plus facile que pour d’autres, mais tout le monde doit en être fier.

C’est comme ça, environ 105 kilomètres plus tard, que j’ai accompli la Grande Traversée de Charlevoix… à moitié seule!

À propos de Kareen Brochu Harvey L'aventurière des bois

Jeune aventurière des bois assumée, Kareen rêve de visiter le monde entier et de partager avec lui sa créativité et ses aventures. Son grand projet prévu pour mars 2020 est l'Appalachian Trail, un sentier de 3 510 kilomètres situé sur la côte Est des États-Unis.

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